L'intérêt de ce groupe mensuel réside dans la rencontre et l'échange entre différents secteurs. En effet, il rassemble des acteurs de terrains qui, outre le fait de travailler dans le champ de l'adolescence, se situent à l'articulation de la santé mentale et de l'aide à la jeunesse. Il rend possible une appréhension des spécificités de chaque institution et une mise au travail de leurs différences, leurs interactions et articulations.
Les participants ont en commun un désir d'ouverture vers l'extérieur, de connaître le réseau, de partager l'expérience du travail avec les adolescents et de prendre la mesure du travail effectué dans d'autres équipes afin de s'accorder au mieux avec les autres institutions, de "soigner" la sortie du jeune et le relais éventuel.
Nous avons préféré garder les questions que nous vous présentons ci-après, ouvertes afin qu’elles reflètent d’avantage l’esprit de notre groupe.
Le repérage en 2008 de plusieurs notions ayant traversés les groupes ( la communication, le relais, les passerelles, le passage d'information, le morcellement du parcours du jeune, l'adresse à l'Institution suivante, l'attente d'information de l'Institution ou de l'intervenant précédent, ce qui fait lien autour du jeune, la collaboration entre divers secteurs: Santé Mentale, école, SSM/HP, SSM/AAJ, Institution/SAJ...) nous a amenées à prolonger en 2009 nos travaux autour du thème « les professionnels en réseau autour de l'adolescent-Sujet de son histoire ».
Partant de vignettes cliniques, nous avons tenté d'approfondir différentes questions au travers d'échanges et d'apport de textes:
La question du secret professionnel (secret partagé, non-assistance à personne en danger, demande d'un tiers) dans le partenariat avec les différents acteurs du réseau et dans un cadre avec ou sans mandat. Qu'en est-il du secret professionnel à l'adolescence? La question du secret à l'intérieur des équipes a également été abordée.
La notion de “risque”, de “danger” nous pousse parfois à intervenir: jusqu'où intervenir ? Doit-on intervenir ou pas? Comment maintenir le lien avec le jeune si on intervient trop? Jusqu'où écouter et jusqu'où prendre position? Où est la limite?
Par rapport au jeune, comment ne pas tomber dans le piège de la confidentialité ou de la trahison? Il importe d'avertir le jeune d'où l'on parle, de définir sa sphère de travail. Pour ce faire, il faut connaître son cadre légal.
Comment travailler en collaboration avec d’autres intervenants? Qu'est-ce qu'on transmet? La volonté que des informations ne soient pas transmises fait-il fi des liens que le jeune a tissés auparavant? La politique de la “page blanche” fait-elle perdre du temps? Partir du jeune, de ce qu'il dit, ouvre-t-il vers d'autres possibles? Etre informé permet-il d’éviter la répétition ?
Le travail dans certaines Institutions se fait dans l'urgence sans disposer de beaucoup d'informations sur les situations qu'ils ont à prendre en charge. Ce manque d'informations ou ces informations lacunaires sont-elles délibérés par crainte d'un refus de prise en charge? Avoir plus d'informations permet-il un choix plus adéquat? Ou au contraire est-ce une entrave?
Comment garantir une clarté et non une confusion des frontières? Qu'est-ce qui permet ou empêche le respect de la différence, de la spécificité, de la complémentarité des compétences et de la différenciation des compétences de chacun? ...Comment collaborer avec d'autres qui ont des missions, un cadre différent du nôtre et/ou qui ont une vision différente de la situation? Comment sortir de notre imaginaire? Lorsqu’il n'y a pas de mandat, par exemple, le jeune serait-il automatiquement demandeur?
Nous avons développé la question des “relais” entre les services d'aide à la jeunesse et les services de santé mentale. Elaborant à partir d’expériences positives de ce type de collaboration, l’importance d’une définition des missions et rôles de chacun a été mise en exergue. Le rythme différent, les difficultés de compréhension dues à des fonctionnements différents ainsi que le sens donné à certains concepts (par exemple: visites accompagnées, encadrées) peut contribuer à entretenir des malentendus délétères. D’où l’accent mis sur l'importance du temps accordé aux dialogues, aux précisions quant aux modalités de collaboration et à la nécessité de ne pas se figer dans une appréhension univoque de la situation problématique.
Le passage d’un jeune d’une institution à l’autre peut-il avoir lieu sans heurts ? Ce type de “passage chaotique”: n'est-ce pas un passage obligé? Le rôle des intervenants est d’assurer le cheminement transformatif susceptible d'être étayé et accompagné. Cela nous invite à nous poser la question de comment accueillir et faciliter ce passage?
Certains participants du groupe nous ont également fait part d’interrogation quant à la manière dont ils étaient accueillis en tant que professionnels dans d’autres lieux institutionnels.
Le début de l'année académique nous a ensuite permis d’aborder la thématique suivante: "Pertinence, cohérence et légitimité des prises en charge institutionnelles de l'adolescence"
Les professionnels de l'adolescence font face dans leur pratique à de multiples questions relatives à la pertinence de leur dispositif de travail, au maintien de la cohérence du parcours du jeune, face notamment aux retours multiples en institution, et au maintien de la légitimité de leur action, entre autre lors de l'accès à la majorité du jeune. Plusieurs axes de travail nous ont accompagnées:
- Comment les familles et les jeunes se représentent-ils le réseau psychosocial?
Les familles, peuvent manifester de la lassitude à se trouver pris dans le “filet psychosocial”, sont parfois dans de l'incompréhension, nous renvoient parfois que notre institution est “violente”, que l'on ne prend pas la mesure de ce qui arrive à leur enfant...
Dans un parcours fait de multiples ruptures, comment les jeunes peuvent-ils à nouveau investir un adulte? A quelle place le jeune nous met-il? Prenons-nous une place vide, par exemple celle de la famille?
Comment les jeunes peuvent-ils faire la part entre des travailleurs psychosociaux qui proposent des services et travaillent à partir de la demande du jeune (“tu n'es pas obligé de venir...) et ceux qui travaillent avec un mandat. Dans un trajet déjà lourd de rencontres, l'instauration d'une confiance a minima peut prendre du temps. Comment rassurer les parents? Les groupes de parents sont-ils la solution? Le jeune n'accroche-t-il pas mieux à l'Institution si le parent est inclus dans le travail?
- Comment travailler avec le décalage qui s'opère souvent entre la temporalité de l'institution et la temporalité psychique du jeune? Comment aider le jeune à se réapproprier le fil de son histoire à partir d'un parcours fait de ruptures et de discontinuités? Comment l'institution met-elle au travail ces parcours erratiques? Comment, par ailleurs, prendre le temps avec des ados qui n'en ont pas? Nous avons travaillé la temporalité en lien avec la sortie, la séparation et le sentiment d'abandon qui sont à travailler tant du côté du jeune que du côté des équipes, la question des projets, de la pression pour arriver à des résultats...
Comment accorder le temps de l'Institution prise du côté: "il faut que le jeune avance" et le temps psychique spécifique à l'adolescence? Parfois un événement permet que ces temporalités s'accordent. Ce sont les rencontres qui font que les choses vont vites ou se ralentissent. Parfois, les parents invoquent le temps social: "Il va avoir 18 ans, il doit prendre son envol", alors que pour le jeune, ce temps ne représente rien. Certains jeunes nous interpellent par la temporalité arrêtée, figée dont ils témoignent.
La posture adoptée par les professionnels du secteur psychosocial quant à cette temporalité est souvent "délicate": faut-il accompagner ? Ouvrir ? Faut-il prendre des risques ? Il s’agit d’un réel travail de funambule, suscitant la controverse et à soutenir dans le maintien et l'aboutissement d'un projet.
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